If you’re goin’ to San Francisco…

Les premiers festivals gratuits : nouveau mode de diffusion musicale

Les Sixties sont aussi le temps des festivals gratuits en plein air, où tout le monde peut se rendre, peu importent ses origines, la position qu’il occupe dans la grande hiérarchie sociale. De la même façon que le football unit tous les représentants des classes sociales derrière une équipe, le rock a des vertus démocratisantes. Ce n’est pas le style musical d’une partie de la société comme cela a pu être le cas précédemment, le jazz qui a été tour à tour accaparé par les milieux populaires, puis par les classes  plus aisées.

summeroflove

Excès, usage de drogues et création du rock psychédélique à San Francisco

Cela commence par le Summer of Love en 1967. Puis toute une série de happenings, concerts psychédéliques et festivals en tout genre. Nous sommes à Monterey en Californie. Le quartier de Haight-Ashbury est envahi par plus de 100 000 personnes, des couronnes de fleurs dans les cheveux (… Be sure to wear some flowers in your hair). Les hippies sont là, avec eux le LSD, la débauche libertine. L’épicurisme exalte à San Francisco. Le Summer of Love est le berceau d’un nouveau courant : le rock psychédélique. Les chansons s’allongent, les mélodies sont répétitives et pénétrantes, on retrouve des solos instrumentaux longs, tortueux. Les musiques hypnotiques envoûtent. Plus que jamais la musique ne se résume pas uniquement à des chansons mais s’accompagne d’une attitude, d’une nouvelle façon de concevoir le monde. Les artistes plébiscités par la communauté hippie prennent les mêmes drogues hallucinogènes qu’eux ce qui se fait sentir dans leurs textes. En  février 1967, Jefferson Airplane, groupe fondé à San Francisco en 1965, sort l’album Surrealistic Pillow dans lequel la chanson White Rabbit parle explicitement de l’usage de LSD :

« One pill makes you larger

And one pill makes you small (…)

Go ask Alice

When she’s ten feet tall. »

« Une pilule te rend plus grand

Et une pilule te rend petit(…)

Va demander à Alice

Quand elle mesure 10 pieds »

Jefferson Airplane fait de nombreuses références à l’univers d’Alice au Pays des Merveilles de  Lewis Caroll au cours de la chanson, dès le titre qui parle du lapin de l’oeuvre, puis la reine de coeur, la chenille fumeuse d’opium sont évoquées… Le parallèle entre le monde imaginaire de cette petite fille qui prend des substances pour se transformer et un « trip » dû à la drogue se comprend aisément.

Plusieurs groupes  psychédéliques rencontrent le succès entre 1965 et 1969, la plupart dérivant du folk-rock. Jefferson Airplane, donc, mais aussi Quicksilver Messenger Service, fondé aussi à San Francisco en 1964 et Love, moins connu mais dont l’album Forever Changes est souvent considéré comme l’un des meilleurs albums rock de tous les temps par les critiques. Il reflète particulièrement le climat de la fin des années soixante, avec une sobriété presque dérangeante. On ressent à la fois l’oppression et la libération : l’oppression des forces de police dans tous le pays, celle du gouvernement qui s’entête à poursuivre la guerre du Vietnam, puis la consécration de l’amour libre chez la jeunesse et la découverte du LSD.

Le groupe le plus emblématique du courant psychédélique est The Grateful Dead, fondé en 1965 en Californie aussi. Il se produit pour la première fois sur scène lors d’un « acid test » à San Jose, sauterie destinée à tester les effets du LSD. Des pilules sont distribuées gratuitement au public. The Grateful dead propose une musique planante ; le style, nouveau et désinvolte, trouve un large public..

Contre-culture : la jeunesse se soulève

La contre-culture américaine qui s’affiche à San francisco est directement issue de la philosophie hippie. Elle se réfère au phénomène culturel contestataire qui se propage aux États-Unis et au Royaume-Uni entre 1965 et 1972. Le mouvement protestataire, principalement étudiant, a pris de l’ampleur au fur et à mesure que le mouvement en faveur des droits des Noirs grandissait et a atteint son apogée avec l’expansion de l’intervention américaine au Vietnam. Mais d’autres causes tiennent à coeur à la jeunesse : les droits des femmes, la sexualité, l’exercice de l’autorité par les forces policières. Dans Zabriskie Point, Antonioni (1970) met en scène les manifestations étudiantes dans les grandes universités californiennes : des affrontements avec les forces de police ont lieu, des sit-in ainsi que des grèves sont organisés, sur fond de marxisme et de féminisme. Antonioni a su peindre avec justesse cette génération. Le film s’achève sur une vision de la société de consommation qui explose sur une musique de Pink Floyd.

 

Entre le 16 et le 18 juin 1967, outre les groupes de rock psychédéliques, de nombreux artistes se succèdent face à 200 000 spectateurs en transe. On peut citer entre autres Jimi Hendrix, The Who, Janis Joplin, Joan Baez, Simon and Garfunkel ou encore Otis Redding. San Francisco est devenu le nouvel Eldorado d’une jeunesse émancipée aux moeurs totalement libérées, le lieu de tous les possibles et le berceau de la contre-culture américaine. Le premier festival rock gratuit à ciel ouvert bouleverse définitivement les normes des futurs concerts.

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